Parasites des abeilles : identification et traitements

Les parasites des abeilles représentent aujourd’hui l’une des menaces majeures pour l’apiculture, touchant autant les ruches domestiques que certaines populations d’abeilles sauvages. Leur présence ne se limite pas à un simple inconfort pour les colonies : ils affaiblissent les abeilles, favorisent la propagation de virus, perturbent la digestion et compromettent durablement la production de miel. Dans le Jura, j’ai observé à plusieurs reprises des colonies dont la population s’effondrait en moins de trois ans lorsqu’aucun traitement n’était appliqué.

Cette page vous propose une vue complète sur les parasites des abeilles, leur identification, leurs effets et les traitements disponibles, qu’ils soient naturels ou chimiques.


Parasites des abeilles : identification et traitements

À retenir

Les parasites des abeilles, qu’ils soient externes comme le varroa destructor ou internes comme Nosema et Acarapis woodi, affaiblissent les colonies, favorisent la propagation de maladies et réduisent la production de miel. Les champignons comme Ascosphaera apis et les ravageurs tels que Aethina tumida, ainsi que les menaces pour les abeilles sauvages (acariens du pollen, frelon asiatique), complètent ce panorama. La prévention, la détection précoce et une gestion intégrée des traitements restent essentielles pour préserver la santé et la vitalité de vos ruches.

Pourquoi les parasites des abeilles sont une menace majeure

Les parasites ne se limitent pas à un inconfort pour les colonies : ils altèrent profondément la santé des abeilles et leur productivité. Les conséquences se manifestent à deux niveaux : sanitaire et économique.

Impact sanitaire

Le varroa destructor, acarien externe, est un vecteur de virus débilitants tels que le Deformed Wing Virus (DWV), le virus aigu paralysant et le virus chronique paralytique. Il se nourrit de l’hémolymphe des abeilles adultes et du couvain, provoquant des malformations, une diminution de la longévité et une capacité de vol réduite.

Les microsporidies du genre Nosema (N. apis et N. ceranae) infectent l’intestin des abeilles adultes, provoquant diarrhées et dysenterie. Elles affaiblissent progressivement la colonie et augmentent sa sensibilité aux autres maladies.

L’acarien trachéal Acarapis woodi obstrue les trachées respiratoires, limitant la respiration et la thermorégulation. Les champignons Ascosphaera apis, responsables de la « momie du couvain », détruisent les larves et forment des amas blanchâtres caractéristiques qui peuvent réduire considérablement la population de jeunes abeilles.

Les parasites externes et ravageurs, comme le petit coléoptère Aethina tumida, se nourrissent du miel et détruisent les rayons. Parmi les abeilles sauvages, les acariens du pollen Chaetodactylus osmiae et les prédateurs comme le frelon asiatique exercent une pression supplémentaire sur les populations pollinisatrices.

Impact économique

Les pertes sanitaires se traduisent directement en pertes économiques. Une ruche non traitée ou mal gérée produit moins de miel et connaît des mortalités hivernales importantes. Dans certaines colonies jurassiennes que j’ai suivies, la population a pu chuter de 50 % en un seul hiver, entraînant un effondrement total de la colonie.

Chiffres clés

Plus de 80 % des ruches européennes sont affectées par le varroa.
Les mortalités hivernales peuvent atteindre 40 % dans les colonies infestées.
Nosema ceranae est maintenant présent dans presque toutes les ruches tempérées.

Panorama des principaux parasites des abeilles

Les parasites des abeilles peuvent être classés en externes et internes. Les parasites externes, comme le varroa ou Aethina tumida, se nourrissent directement des abeilles ou du couvain. Les parasites internes, comme Acarapis woodi ou Nosema spp., vivent à l’intérieur de l’intestin ou des trachées, rendant leur détection plus difficile.

Certains parasites sont endémiques, d’autres émergents, souvent introduits par le commerce de reines ou le transport de matériel apicole. Le petit coléoptère de la ruche Aethina tumida, originaire d’Afrique, et le frelon asiatique, prédateur invasif, représentent aujourd’hui des menaces importantes pour l’Europe.

De nouveaux parasites?

Certaines espèces, comme le petit coléoptère de la ruche, étaient inconnues en Europe avant les années 2000 mais peuvent survivre dans nos climats tempérés si les colonies ne sont pas surveillées.

Le varroa destructor : le parasite le plus dangereux

Illustration réaliste d'un Varroa Destructor

Le varroa destructor est l’acarien externe le plus redouté. La femelle pénètre dans les cellules de couvain operculées, pond ses œufs et se nourrit de la larve. Ce comportement affaiblit considérablement l’abeille émergente et favorise la propagation de virus.

Le varroa destructor complète son cycle de vie dans les cellules de couvain operculées. La femelle pond environ 5 à 6 œufs par cellule, donnant naissance à des mâles et des femelles qui se reproduisent avant l’émergence de l’abeille adulte. Cette reproduction rapide, combinée à la transmission de virus tels que le Deformed Wing Virus (DWV) et les virus paralysants aigu et chronique, peut entraîner la perte de 80 à 90 % des jeunes abeilles dans une colonie fortement infestée. Dans certaines ruches du Jura, j’ai observé que l’absence de traitement conduisait à l’effondrement complet de la colonie en moins de trois hivers.

Une maladie peut en cacher une autre…

Le virus des ailes déformées (DWV) est indissociable du varroa. Une colonie fortement infestée peut perdre jusqu’à 90 % de ses jeunes abeilles en quelques mois si aucun traitement n’est mis en œuvre.

Nosema apis et Nosema ceranae : les parasites intestinaux

Macro schéma scientifique de l’intestin d’une abeille infestée par Nosema apis et Nosema ceranae, montrant les spores microsporidiennes à l’intérieur des cellules intestinales.

Ces microsporidies infectent l’intestin moyen des abeilles adultes. La transmission se fait par trophallaxie, contact avec le pollen contaminé ou eau de la ruche. Les symptômes incluent des diarrhées et un affaiblissement général, particulièrement visible en hiver et au printemps. N. ceranae tend à être plus agressif que N. apis et peut réduire considérablement la longévité des abeilles, surtout lorsqu’il coexiste avec d’autres parasites.

Il est important de différencier les deux espèces de Nosema. Nosema apis se développe principalement en hiver et au printemps, provoquant des diarrhées et une fragilisation progressive des abeilles. Nosema ceranae, plus agressif, peut infecter la colonie toute l’année et réduit significativement la longévité des abeilles adultes. Cette infection est souvent silencieuse mais peut amplifier les effets d’autres parasites comme le varroa.

Vos ruches sont sûrement concernées…

Nosema ceranae est maintenant présent dans presque toutes les ruches tempérées d’Europe.

Acarapis woodi : l’acarien trachéal

Acarien Acarapis woodi dans les trachées d’une abeille

Cet acarien interne colonise les trachées respiratoires. Il obstrue partiellement le système respiratoire, limitant la respiration et la thermorégulation, et provoque des abeilles incapables de voler correctement. Les infestations sont favorisées par l’humidité élevée et une forte densité de population dans les ruches.

En obstruant partiellement les trachées respiratoires, Acarapis woodi empêche les abeilles de réguler correctement leur température corporelle, ce qui limite leur capacité à voler et à butiner efficacement. Les infestations sont favorisées par des conditions de forte humidité et de surpopulation dans la ruche.

Ascosphaera apis : le champignon du couvain

Couvain d’abeille infesté par Ascosphaera apis, avec larves mortes transformées en momies crayeuses blanchâtres dans les alvéoles.

Ce champignon provoque la momie du couvain, détruisant les larves et formant des amas blanchâtres ou crayeux. Les pertes peuvent atteindre 30 à 40 % du couvain lors d’épidémies sévères. La contamination est favorisée par des conditions d’humidité et de température spécifiques, ainsi que par des ruches affaiblies par d’autres parasites.

Les pertes causées par Ascosphaera apis peuvent atteindre 30 à 40 % du couvain lors d’épidémies sévères. La contamination est favorisée par des conditions de forte humidité et de température modérée, ainsi que par des ruches déjà affaiblies par le varroa ou Nosema. La prévention passe par une gestion rigoureuse du couvain et une hygiène stricte des cadres.

Aethina tumida : le petit coléoptère de la ruche

Petit coléoptère de la ruche Aethina tumida

Originaire d’Afrique, ce ravageur envahit les rayons, se nourrit de miel et provoque la fermentation des réserves. Les colonies infestées présentent des pertes économiques importantes, avec destruction du couvain et contamination du miel.

En plus de détruire le couvain, Aethina tumida provoque la fermentation du miel, rendant les rayons inutilisables. Les pertes économiques peuvent être sévères, avec réduction de la production de miel et contamination des réserves. Les ruchers non surveillés sont particulièrement vulnérables, et la biosécurité est essentielle pour limiter la propagation de ce ravageur.

Quid des abeilles sauvages?

Les abeilles sauvages sont également affectées par des parasites comme Chaetodactylus osmiae, un acarien du pollen, et par des prédateurs comme le frelon asiatique. Ces menaces indirectes augmentent la pression sur les colonies domestiques et soulignent l’importance d’une surveillance globale de la biodiversité pollinisatrice.

Cette pression indirecte augmente le risque pour les colonies domestiques, car elle réduit la pollinisation locale et la biodiversité, affaiblissant ainsi la résilience globale du rucher.

Comment détecter un parasite dans une ruche

La détection précoce est essentielle pour protéger les colonies. Les signes visibles incluent des ailes déformées, des abeilles rampantes ou malformées, des diarrhées (dans le cas de Nosema) et un couvain irrégulier. Les champignons comme Ascosphaera apis provoquent la formation de momies crayeuses parmi les larves.

Pour une gestion efficace, il est recommandé de mettre en place un plan annuel de surveillance. Le comptage des chutes naturelles, le test au sucre glace et le test à l’alcool doivent être réalisés régulièrement selon la saison et le seuil d’infestation. L’observation du couvain, des abeilles adultes et des réserves permet de détecter précocement Nosema, Acarapis woodi et Ascosphaera apis.

Test du sucre glace pour détecter le varroa

Traitements contre les parasites des abeilles

La lutte contre les parasites repose sur la surveillance régulière et la rotation des traitements.

Les traitements naturels incluent les acides organiques (formique, oxalique) et certaines huiles essentielles, efficaces sous conditions strictes de dosage et de température. Les traitements chimiques homologués, tels que l’amitraze ou le fluvalinate, restent indispensables pour les infestations sévères mais doivent être utilisés avec précaution pour éviter les résidus et la résistance.Guêpes communes et autres vespidés

Rotation des traitements

Alterner les molécules chimiques et combiner avec des méthodes naturelles ou biologiques (acides organiques, huiles essentielles, ruches VSH…) permet de limiter cette sélection et donc de préserver l’efficacité des traitements sur le long terme.

Résistance des parasites : un enjeu croissant

La résistance du varroa aux traitements chimiques résulte de la sélection génétique accélérée par l’usage répétitif d’une même molécule. Pour limiter ce phénomène, il est essentiel de varier les traitements, de surveiller régulièrement les colonies et de combiner méthodes naturelles et chimiques.

Les guêpes ne sont pas des prédatrices spécialisées des abeilles. Elles s’attaquent surtout aux individus affaiblis, aux faux-bourdons, et profitent des colonies faibles pour piller le miel et parfois le couvain. Ce comportement apparaît principalement en fin d’été, lorsque les ressources naturelles diminuent. Une colonie forte et bien défendue parvient généralement à repousser ces intrusions sans difficulté. Les guêpes (Vespula, Dolichovespula) ne sont pas de véritables prédatrices des abeilles. Elles deviennent problématiques en fin d’été, lorsqu’elles tentent de piller les ruches affaiblies pour récupérer du miel.

Attention à ne pas renforcer le varroa

Une rotation inadéquate des traitements chimiques est la première cause de résistance observée chez le varroa.

En France, certaines populations de varroa ont développé jusqu’à 30 % de résistance à certaines molécules chimiques.

Prévention globale contre les parasites des abeilles

La prévention reste la meilleure stratégie. Elle repose sur le renouvellement des cires, la sélection de reines résistantes, la rotation des traitements et la surveillance régulière. L’approche intégrée (IPM) combine méthodes biologiques et chimiques, avec des interventions uniquement lorsque le seuil d’infestation est dépassé.

Les abeilles VSH : une solution naturelle contre le varroa

Les abeilles VSH (Varroa Sensitive Hygiene) représentent une avancée majeure pour la lutte biologique contre le varroa destructor. Ces abeilles ont été sélectionnées génétiquement pour détecter le couvain infesté par le varroa et le retirer de manière précoce. En retirant les larves ou pupes parasitées, elles empêchent le varroa de se reproduire et limitent ainsi l’augmentation de la population de parasites dans la ruche.

Dans le Jura, des ruches VSH observées sur trois ans ont montré une réduction de 60 à 70 % de la population de varroas par rapport aux ruches classiques. Ces abeilles détectent le couvain infesté et retirent les larves parasitées avant que le varroa ne se reproduise pleinement. Cette approche réduit la dépendance aux traitements chimiques tout en conservant la santé et la productivité de la colonie. Cependant, les abeilles VSH ne remplacent pas totalement une surveillance et une gestion rigoureuse des ruches.

L’intérêt des abeilles VSH réside dans leur capacité à réduire fortement la pression parasitaire sans recourir systématiquement aux traitements chimiques. Dans certaines études, la reproduction du varroa est réduite de 60 à 70 % dans les ruches VSH, ce qui se traduit par une colonie plus robuste et des pertes hivernales moins importantes. Cette approche s’intègre parfaitement dans une stratégie de lutte intégrée (IPM), en combinaison avec la surveillance régulière et, si nécessaire, des traitements naturels ou chimiques ciblés.

Il est toutefois important de noter que les abeilles VSH ne garantissent pas une protection totale. Elles réduisent la population de varroas, mais n’éliminent pas tous les parasites. C’est pourquoi leur utilisation doit être considérée comme un complément efficace à une gestion sanitaire rigoureuse des colonies.

Vers une résistance au varroa?

Les abeilles VSH (Varroa Sensitive Hygiene) présentent un comportement de nettoyage qui limite la reproduction du varroa, une stratégie prometteuse pour réduire les infestations naturellement.

➡️ En réduisant la dépendance aux traitements chimiques nous favorisons une apiculture plus durable.

Recherches récentes et innovations dans la lutte contre les parasites

La lutte contre les parasites des abeilles ne se limite plus aux traitements chimiques ou naturels. La recherche scientifique explore désormais des approches innovantes pour protéger les colonies tout en préservant la santé de l’abeille et la qualité du miel.

Schéma pédagogique illustrant les innovations dans la lutte contre les parasites des abeilles : VSH, phéromones, microbiote et tests rapides.

La sélection génétique constitue un axe majeur. Des lignées d’abeilles VSH (Varroa Sensitive Hygiene) ou à comportement hygiénique renforcé sont sélectionnées pour détecter et retirer le couvain infesté par le varroa avant que le parasite ne puisse se reproduire. Des programmes expérimentaux visent à combiner plusieurs traits de résistance, incluant la tolérance à Nosema et la capacité à limiter la propagation des virus.

Les phéromones et signaux chimiques représentent un autre domaine prometteur. Certaines phéromones émises par les abeilles infectées ou infestées peuvent déclencher des comportements de nettoyage chez les congénères, réduisant ainsi la population de parasites. Des études explorent également l’utilisation de phéromones synthétiques pour orienter le comportement des abeilles de manière ciblée.

Le microbiote intestinal des abeilles est également étudié. Certaines bactéries symbiotiques présentes dans l’intestin peuvent limiter la multiplication de Nosema et renforcer l’immunité des colonies. Des recherches sont en cours pour développer des probiotiques spécifiques, pouvant être introduits via la nourriture ou le sirop, afin de soutenir la santé des abeilles sans recourir systématiquement aux traitements chimiques.

Enfin, les tests rapides de détection constituent une innovation pratique pour les apiculteurs. Des kits permettant de détecter rapidement Nosema, Acarapis woodi ou le varroa à différents stades de développement sont développés, facilitant la surveillance et l’intervention précoce. L’objectif est d’intégrer ces outils dans un plan de gestion intégrée, où chaque intervention est justifiée par une évaluation précise du seuil d’infestation.

Ces avancées, combinées à la rotation des traitements, à l’hygiène rigoureuse des ruches et à la sélection de reines résistantes, permettent d’envisager une apiculture plus durable, moins dépendante des produits chimiques, et mieux adaptée aux défis écologiques actuels.

FAQ – Parasites des abeilles

Quels sont les principaux parasites des abeilles ?

Varroa destructor, Nosema spp., Acarapis woodi, Ascosphaera apis, Aethina tumida, Chaetodactylus osmiae pour les abeilles sauvages, et prédateurs comme le frelon asiatique.

Comment savoir si une ruche est infestée par le varroa ou Nosema ?

Signes visibles : ailes déformées, abeilles faibles, diarrhées, couvain irrégulier, momies crayeuses dans le cas des champignons. Tests : sucre glace, alcool ou comptage des chutes.

Existe-t-il des traitements naturels réellement efficaces ?

Oui, les acides organiques et certaines huiles essentielles, mais ils doivent être utilisés avec rigueur et aux périodes adaptées.

Le varroa est-il dangereux pour l’homme ?

Non, il n’infeste pas l’homme et ne transmet pas de maladies humaines.

Peut-on ne pas traiter une ruche contre le varroa ?

Sans traitement, les colonies risquent l’effondrement en 2 à 3 ans, surtout en climat tempéré.

Le petit coléoptère est-il présent en France ?

Rare, mais surveillé dans certaines zones ; la biosécurité est essentielle.

Que signifie VSH chez les abeilles ?

VSH signifie Varroa Sensitive Hygiene. Ce sont des abeilles sélectionnées génétiquement pour détecter le couvain infesté par le varroa et retirer les larves ou pupes parasitées, limitant ainsi la reproduction du parasite.

Sources scientifiques et institutionnelles

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