Teigne de la cire : comment l’identifier et lutter efficacement en apiculture
- La teigne de la cire regroupe deux espèces de papillons ravageurs, Galleria mellonella (grande teigne, jusqu’à 3 cm, plus problématique en climat chaud) et Achroia grisella (petite teigne, plus fréquente en zones tempérées).
- Les larves se nourrissent des rayons abandonnés, de la cire, du pollen et des résidus de couvain — elles s’attaquent en priorité aux colonies affaiblies ou aux cadres stockés hors surveillance des abeilles.
- Le meilleur contrôle est préventif : cheptel fort, surveillance régulière, stockage des hausses en conditions défavorables à la teigne (froid, soufre, aération).
- Les fumigants chimiques historiquement utilisés (naphtalène, paradichlorbenzène) sont des méthodes anciennes à écarter aujourd’hui en raison des résidus qu’ils laissent dans la cire — mieux vaut se tourner vers le froid, le soufre ou Bacillus thuringiensis var. kurstaki.
- Une infestation avancée détruit un rayon en quelques semaines : mieux vaut agir dès les premiers signes (fils soyeux, galeries, déjections noires) que traiter après coup.
Un cadre de cire laissé sans surveillance quelques semaines peut se retrouver truffé de galeries, de fils soyeux et de déjections sombres — c’est la signature de la teigne de la cire. Ce ravageur ne s’attaque pas aux abeilles vivantes en pleine activité : il profite des failles, colonies affaiblies, hausses stockées, rayons abandonnés. Pour l’apiculteur amateur comme pour celui qui gère plusieurs colonies, savoir reconnaître ce papillon et ses larves, comprendre pourquoi certaines ruches y sont plus exposées, et mettre en place un stockage adapté du matériel cire fait toute la différence entre une perte de cadres et une gestion maîtrisée.
Qu’est-ce que la teigne de la cire ?
La « teigne de la cire » n’est pas un insecte unique mais un nom générique recouvrant deux espèces de lépidoptères (papillons de nuit) dont les larves se nourrissent de cire d’abeille et des résidus qu’elle contient — pollen, propolis, restes de couvain.
Galleria mellonella, la grande teigne, est la plus grande des deux : sa chenille peut atteindre environ 3 cm de long à maturité. C’est l’espèce qui pose le plus de problèmes dans les régions à climat chaud, notamment tropical, où les conditions favorisent un développement rapide et des cycles de reproduction plus fréquents.
Achroia grisella, la petite teigne (ou fausse teigne), est plus petite et se rencontre davantage dans les zones tempérées. Les deux espèces cohabitent souvent dans une même colonie affaiblie ou un même stock de cadres mal protégé, et leurs dégâts se ressemblent suffisamment pour qu’un simple examen visuel ne permette pas toujours de trancher entre les deux — ce qui, en pratique, ne change rien à la conduite à tenir.
Un ravageur opportuniste, pas un prédateur des abeilles
Un point important à intégrer avant toute chose : la teigne de la cire n’attaque pas les abeilles adultes en bonne santé. Elle exploite une faille — un rayon abandonné, une colonie trop faible pour patrouiller tous ses cadres, un stock de hausses laissé sans surveillance. Une colonie forte, avec une population suffisante pour couvrir l’ensemble de ses cadres, chasse et évacue les larves de teigne avant qu’elles ne s’installent durablement. C’est cette logique qui explique pourquoi la lutte la plus efficace reste préventive et passe autant par la gestion du cheptel que par le traitement direct du ravageur.
Pourquoi certaines colonies sont-elles plus touchées ?
Le lien avec l’affaiblissement de la colonie
Les larves de teigne se nourrissent des rayons abandonnés — c’est-à-dire des zones de la ruche que les abeilles ne patrouillent plus activement. Une colonie affaiblie, qu’elle le soit à cause d’une reine défaillante, d’une perte de population après un traitement, d’une attaque de prédateurs ou d’un stress hivernal, laisse mécaniquement plus de surface de cire sans surveillance. C’est précisément dans ces zones que la teigne s’installe et prolifère.
Ce lien entre affaiblissement et infestation en fait un indicateur indirect utile : une colonie qui montre des signes de teigne actifs à l’intérieur même de la ruche (et pas seulement sur du matériel stocké) mérite une inspection plus large pour identifier la cause profonde de l’affaiblissement — la teigne est alors un symptôme, pas la maladie elle-même.
La saison hivernale et les périodes hors floraison
La teigne se nourrit prioritairement des rayons abandonnés, un phénomène qui s’intensifie en hiver et en période hors floraison — moments où l’activité de la colonie ralentit, où certains cadres périphériques sont moins visités, et où les réserves de cire vieillissante deviennent une cible plus facile. C’est aussi la période où les stocks de hausses vides, entreposés en attendant la saison suivante, représentent le risque le plus élevé si le stockage n’est pas adapté.
Identifier une infestation : les signes à surveiller
Reconnaître une infestation de teigne tôt permet d’agir avant que les dégâts ne deviennent irréversibles sur un cadre. Les signes les plus caractéristiques :
- Fils soyeux blanchâtres tissés à la surface des rayons, parfois en toiles reliant plusieurs alvéoles entre elles
- Galeries creusées dans l’épaisseur de la cire, visibles en transparence ou en coupe
- Déjections noires en grains fins, semblables à du sable noir, accumulées au fond de la ruche ou sur les cadres
- Chenilles visibles de taille variable selon le stade de développement et l’espèce en cause
- Rayons effondrés ou perforés, signe d’une infestation déjà avancée qui a détruit la structure de la cire
Un cadre atteint superficiellement peut encore être récupéré si l’intervention est rapide. Un rayon largement galerié, en revanche, perd sa structure et doit généralement être retiré et refondu plutôt que remis en circulation.
Méthodes de contrôle : ce qui a été utilisé, ce qui est recommandé aujourd’hui
Les méthodes historiques et leurs limites actuelles
Historiquement, des fumigants chimiques comme le naphtalène ou le paradichlorbenzène ont été utilisés en saupoudrant le produit sur du papier journal placé entre les hausses stockées, pour repousser ou tuer les larves de teigne par les vapeurs dégagées. Cette méthode a longtemps figuré parmi les pratiques traditionnelles de conservation du matériel cire, notamment pour de gros volumes de hausses en attente de réutilisation.
Il faut cependant être clair : ces substances ne constituent pas une recommandation actuelle. La cire est un matériau qui absorbe et retient facilement les résidus chimiques auxquels elle est exposée — un problème largement documenté pour d’autres produits utilisés en apiculture, et qui vaut tout autant pour des fumigants comme le naphtalène. Leur usage est aujourd’hui fortement encadré, voire interdit selon les substances et les réglementations locales, précisément à cause du risque de contamination de la cire et, par ricochet, du miel qui y est en contact. Un apiculteur qui découvre encore des cadres traités par le passé selon cette méthode devrait s’orienter vers un renouvellement de ces cires plutôt qu’une réutilisation en production. Pour toute question sur la réglementation en vigueur dans votre région, le plus sûr reste de consulter directement les autorités sanitaires ou l’organisme apicole local — ce point évolue et ne doit pas reposer sur une information generic périmée.
Le brûlage des rayons trop infectés
Pour les rayons dont l’infestation est trop avancée pour être récupérée, le brûlage reste une solution radicale mais sûre : elle élimine à la fois les larves, les œufs et la cire contaminée, sans risque de dissémination vers d’autres cadres. C’est l’option à privilégier quand la structure du rayon est déjà largement détruite.
Le stockage par le froid
La chambre froide (température maintenue sous 15°C) est une des méthodes les plus fiables pour les stocks de hausses vides en attente de réutilisation, en particulier pour les cheptels de taille importante. Le froid ralentit fortement, voire bloque, le cycle de développement des larves de teigne sans laisser de résidu dans la cire. C’est une solution qui demande un investissement en équipement de stockage réfrigéré, mais qui offre une garantie sanitaire propre.
Le soufre
Le soufre reste une méthode traditionnelle de protection des hausses stockées, utilisée en complément d’un empilement raisonné : pour les petits cheptels, on empile généralement jusqu’à 6 hausses maximum, avec un corps de ruche vide au-dessus, et un soufrage réalisé deux fois à environ 15 jours d’intervalle. Pour des volumes plus importants, le soufre peut aussi être utilisé en container de stockage, seul ou en combinaison avec un stockage en chambre froide. Le léchage préalable des cadres par les abeilles, avant stockage, permet de récupérer le miel résiduel et de limiter les résidus alimentaires qui attirent davantage la teigne.
Bacillus thuringiensis var. kurstaki
Parmi les alternatives biologiques reconnues aujourd’hui pour la protection des cadres de cire contre la teigne figure Bacillus thuringiensis var. kurstaki (Btk), une bactérie utilisée en lutte biologique contre les larves de lépidoptères. Elle est appliquée en pulvérisation sur les rayons stockés et agit spécifiquement sur les chenilles sans laisser de résidu chimique problématique dans la cire. C’est une option à considérer en complément du froid ou du soufre, notamment pour les apiculteurs qui souhaitent limiter tout traitement chimique de leur matériel.
Un stockage aéré et surveillé
Au-delà des traitements ponctuels, la meilleure protection reste un stockage pensé en amont : locaux aérés, cadres régulièrement inspectés même hors saison, rotation des stocks pour éviter qu’un lot de hausses ne reste immobile trop longtemps sans contrôle. La combinaison d’un stockage aéré, d’une surveillance régulière et d’un traitement adapté (froid ou soufre selon les moyens disponibles) couvre l’essentiel des besoins d’un cheptel de taille modeste à moyenne.
Le cycle de vie de la teigne : pourquoi la rapidité d’action compte
Comprendre le déroulement du cycle de vie de la teigne aide à mesurer pourquoi un retard d’intervention change tout. La femelle adulte pond ses œufs directement dans les fissures des cadres ou à proximité des rayons, souvent en profitant d’un accès facilité par une colonie trop peu populeuse pour surveiller ces recoins. Les larves qui en émergent commencent immédiatement à creuser des galeries dans la cire, se nourrissant au passage des résidus de pollen et de couvain qu’elles y trouvent — c’est ce régime alimentaire mixte qui explique pourquoi les cadres ayant déjà accueilli du couvain sont généralement plus attractifs pour la teigne que les cadres de hausse n’ayant contenu que du miel.
Cette phase larvaire est la plus destructrice : c’est elle qui creuse les galeries visibles et laisse les fils soyeux caractéristiques. Plus une colonie est affaiblie ou plus un stock de cadres reste sans contrôle, plus les larves disposent de temps pour progresser vers leur stade suivant, la nymphose, avant de redonner de nouveaux adultes capables de pondre à leur tour. C’est cet enchaînement rapide, génération après génération, qui explique pourquoi une infestation modérée peut basculer en quelques semaines vers une destruction complète d’un lot de cadres si rien n’est fait entre deux inspections.
En pratique, cela signifie qu’un contrôle visuel régulier — plutôt qu’un traitement ponctuel isolé — reste la meilleure garantie contre une progression silencieuse. Un cadre inspecté toutes les quatre à six semaines, y compris hors saison, permet presque toujours de repérer une infestation à un stade encore récupérable.
Cadres de couvain contre cadres de hausse : un risque inégal
Tous les cadres ne présentent pas le même niveau de risque face à la teigne. Les cadres ayant accueilli plusieurs générations de couvain accumulent, au fil du temps, des résidus (mues larvaires, restes de pollen, cocons) qui les rendent nettement plus attractifs pour la teigne que des cadres de hausse n’ayant jamais contenu que du miel operculé. C’est une des raisons pour lesquelles le renouvellement régulier des cadres de couvain — au minimum quelques cadres par colonie et par saison — n’est pas qu’une question de qualité du miel ou de gestion sanitaire générale : c’est aussi, indirectement, un levier de prévention contre la teigne, en réduisant le volume de cire vieillissante et riche en résidus disponible pour les larves.
À l’inverse, un stock de hausses destinées uniquement à la récolte de miel, correctement asséché avant stockage (léchage par les abeilles ou égouttage), présente une attractivité plus faible pour la teigne — sans pour autant être totalement à l’abri, d’où l’importance de maintenir malgré tout un stockage protégé (froid, soufre, aération) même sur ce type de cadre.
Prévenir plutôt que traiter : la logique du cheptel fort
Puisque la teigne exploite avant tout les failles d’une colonie affaiblie ou d’un stock mal surveillé, la prévention la plus efficace reste indirecte : maintenir des colonies fortes tout au long de l’année, surveiller les signes précoces d’affaiblissement (reine défaillante, couvain irrégulier, population en baisse) et intervenir rapidement dès qu’un problème est détecté. Une colonie qui couvre correctement l’ensemble de ses cadres ne laisse simplement pas la place à une infestation de s’installer.
Pour le matériel hors ruche — hausses de réserve, cadres bâtis en attente de réutilisation — la règle est la même : moins un cadre reste longtemps sans surveillance ni protection active, plus le risque d’infestation augmente. Un contrôle mensuel des stocks, même sommaire, permet de repérer une infestation débutante avant qu’elle ne s’étende à l’ensemble d’un lot.
Quelle est la différence entre Galleria mellonella et Achroia grisella ?
Galleria mellonella, la grande teigne, est plus grande (jusqu’à 3 cm à l’état larvaire) et pose davantage de problèmes en climat chaud ou tropical. Achroia grisella, la petite teigne, est plus fréquente en zones tempérées. Les deux espèces causent des dégâts similaires et cohabitent souvent sur les mêmes cadres affectés.
La teigne de la cire attaque-t-elle les colonies fortes ?
Non, pas directement. Les larves se nourrissent des rayons abandonnés et des zones que les abeilles ne patrouillent plus. Une colonie forte, qui couvre correctement l’ensemble de ses cadres, détecte et évacue les larves avant qu’elles ne s’installent durablement.
Peut-on encore utiliser le naphtalène contre la teigne de la cire ?
Cette méthode a été utilisée historiquement, mais elle n’est pas recommandée aujourd’hui : la cire absorbe facilement les résidus chimiques, et l’usage de fumigants comme le naphtalène est aujourd’hui fortement encadré selon les réglementations locales. Mieux vaut se tourner vers le froid, le soufre ou Bacillus thuringiensis var. kurstaki, et vérifier la réglementation en vigueur auprès des autorités compétentes en cas de doute.
Comment reconnaître une infestation de teigne sur un cadre ?
Les signes principaux sont des fils soyeux blanchâtres, des galeries creusées dans la cire, des déjections noires en grains fins, et parfois des chenilles visibles. Un rayon largement galerié ou effondré est généralement à retirer plutôt qu’à réutiliser.
Quelle est la meilleure méthode pour stocker des hausses vides sans risque de teigne ?
Le stockage en chambre froide (sous 15°C) est l’une des méthodes les plus fiables pour de gros volumes. Pour les petits cheptels, un empilement limité à 6 hausses avec soufrage à deux reprises à 15 jours d’intervalle reste une option traditionnelle efficace. Un stockage aéré et une surveillance régulière restent indispensables dans tous les cas.
La teigne de la cire est-elle dangereuse pour l’apiculteur ou pour le miel ?
Non, elle ne représente aucun danger direct pour l’humain. Le risque est uniquement matériel : destruction des rayons de cire et des cadres bâtis, ce qui représente une perte de temps et de ressources pour l’apiculteur, sans toutefois affecter la sécurité du miel récolté séparément.
Faut-il jeter un cadre dès les premiers signes de teigne ?
Pas nécessairement. Un cadre atteint superficiellement peut souvent être traité et récupéré (soufre, froid, Btk). C’est surtout en cas d’infestation avancée, avec rayons effondrés ou largement galeriés, que le retrait et le brûlage deviennent la solution la plus sûre.
Existe-t-il des colonies ou des races d’abeilles plus résistantes à la teigne ?
La résistance dépend davantage de la force et de la vitalité de la colonie que d’une race particulière — une colonie populeuse et bien gérée reste le facteur de protection le plus déterminant, quel que soit l’écotype d’abeille concerné.
Sources
Cet article s’appuie sur les données du document FAO Le rôle des abeilles dans le développement rural (Nicola Bradbear, 2010), consulté via le corpus source audité du projet.
