Lutte contre le Frelon Asiatique : Stratégies & Surveillance

Lutte contre le Frelon Asiatique : Stratégies et Réseau de Surveillance

Au printemps dernier, j'ai participé à une formation organisée par la FREDON Bourgogne Franche-Comté sur la détection et le signalement du frelon asiatique. Dans la salle, une trentaine d'apiculteurs, d'élus locaux et de bénévoles motivés. L'ambiance était à la fois sérieuse et déterminée. Nous savions tous que la bataille contre Vespa velutina se joue maintenant, avant que l'invasion ne devienne incontrôlable comme dans le sud-ouest.

Car c'est bien de cela qu'il s'agit : une bataille. Pas contre un ennemi imaginaire ou fantasmé, mais contre un prédateur redoutablement efficace qui menace nos abeilles, notre biodiversité et notre agriculture. Une bataille que nous pouvons encore gagner si nous restons organisés, vigilants et coordonnés.


Lutte contre le Frelon Asiatique : Stratégies et Réseau de Surveillance

Le dispositif régional de surveillance

Une organisation à plusieurs niveaux

Depuis 2014, la région a mis en place un dispositif structuré de lutte contre le frelon asiatique. Ce système repose sur une coordination entre plusieurs organismes sanitaires : la FREDON pour le volet végétal et les groupements de défense sanitaire pour le volet animal, notamment l’apiculture.

Le principe est simple mais efficace : un réseau de référents formés est déployé sur l’ensemble du territoire régional. Ces référents, souvent des apiculteurs expérimentés ou des techniciens agricoles, connaissent parfaitement leur secteur. Ils peuvent intervenir rapidement dès qu’un signalement leur parvient.

Chaque département dispose de ses propres animateurs qui centralisent les informations, coordonnent les actions, forment les référents locaux et assurent le lien avec les élus. Cette organisation pyramidale permet une réactivité remarquable. Un signalement effectué le matin peut donner lieu à une visite de confirmation l’après-midi même.

Le rôle central des référents

Les référents sont les chevilles ouvrières du dispositif. Leur mission principale consiste à confirmer les signalements de présence du frelon asiatique. Car il faut bien l’admettre, une grande partie des alertes concernent en réalité des frelons européens, des guêpes, voire des bourdons. La confusion reste fréquente malgré les campagnes d’information.

Une fois sur place, le référent observe les insectes, photographie les spécimens, examine le nid si celui-ci a été localisé. Son expertise permet d’éviter les destructions inutiles de nids d’espèces autochtones. Car détruire un nid de frelon européen par erreur, c’est éliminer un auxiliaire précieux qui régule naturellement d’autres insectes nuisibles.

Si l’identification est positive, le référent organise immédiatement des prospections locales avec l’aide de bénévoles. Le but : localiser précisément le nid. Cette phase peut s’avérer longue et fastidieuse. Un nid perché à 20 mètres dans un chêne dense passe facilement inaperçu, même en sachant qu’il se trouve dans le secteur.

Le référent informe ensuite les acteurs concernés : le maire de la commune, les apiculteurs du secteur qui doivent protéger leurs ruches, les propriétaires du terrain. Il accompagne aussi l’organisation de la destruction, en vérifiant que l’entreprise intervient selon les règles de sécurité et avec des méthodes conformes.

Des chiffres encore maîtrisables

La situation dans la région Bourgogne Franche-Comté reste sous observation. Dans le département de la Haute-Saône, 148 nids ont été signalés en 2023, dont 87 seulement ont été détruits. Dans les autres départements de la région, des nids ont également été repérés et éliminés, mais les remontées ne permettent pas encore de dresser un bilan global complet et fiable pour l’ensemble de la région. Une aide régionale de 50 € par nid détruit a été mise en place pour encourager la destruction rapide et systématique des nids.

Chez nos voisins en région Rhône-Alpes. Sur toute la région, seulement 76 nids ont été découverts : 49 en Ardèche, 24 dans la Drôme, 2 en Isère et 1 dans la Loire. Des individus isolés ont été observés dans l’Ain et le Rhône, mais sans localisation des nids correspondants.

Ces chiffres, relativement modestes, s’expliquent par notre climat montagnard moins favorable que celui du bassin aquitain par exemple. Les hivers rigoureux du Jura et des Alpes tuent une partie des reines fondatrices durant leur hibernation. Les printemps tardifs retardent leur émergence. Mais ne nous y trompons pas : la progression, même lente, est constante.

Chaque année, de nouveaux départements découvrent leurs premiers nids. La colonisation se poursuit inexorablement. Notre avantage temporel ne durera pas éternellement. C’est maintenant qu’il faut agir, pendant que les populations sont encore limitées et que chaque destruction a un impact significatif.

Les procédures de signalement

Comment signaler efficacement

Si vous repérez un frelon suspect ou un nid, la première étape consiste à contacter votre mairie. Chaque commune dispose normalement des coordonnées des référents départementaux. En cas de doute, le secrétariat de mairie saura vous orienter vers le bon interlocuteur.

Préparez quelques informations avant d’appeler : localisation précise de l’observation, description de l’insecte ou du nid, nombre d’individus observés, contexte de la découverte. Si vous avez pu photographier l’insecte ou le nid, c’est encore mieux. Une bonne photo permet souvent une identification à distance, évitant un déplacement inutile du référent.

Depuis 2016, une campagne de communication régionale facilite ces signalements. Des affiches ont été envoyées aux mairies indiquant les coordonnées des intervenants à contacter. Des fiches techniques complètes sont disponibles sur le site de la FREDON, offrant des informations détaillées sur la reconnaissance de l’espèce.

Les plateformes numériques

Plusieurs plateformes en ligne permettent désormais de signaler directement les observations avec géolocalisation et dépôt de photos. Ces outils cartographiques centralisent les données à l’échelle nationale, permettant de suivre en temps réel la progression de l’espèce.

L’avantage de ces systèmes numériques, c’est leur rapidité. Un signalement peut être effectué depuis un smartphone en quelques clics, directement sur le terrain. Les référents reçoivent immédiatement une notification et peuvent organiser leur intervention en conséquence.

Ces bases de données constituent aussi un outil scientifique précieux. Les chercheurs peuvent analyser les dynamiques de colonisation, identifier les zones à risque, modéliser la progression future de l’espèce. Cette connaissance fine du territoire aide à optimiser l’allocation des moyens de lutte.

Les méthodes de destruction

L’intervention professionnelle standard

Une fois le nid localisé et l’espèce confirmée, la destruction peut être organisée. Les entreprises spécialisées utilisent généralement la méthode par injection d’insecticide. Un technicien équipé d’une combinaison intégrale anti-piqûres approche le nid, souvent au moyen d’une perche télescopique pouvant atteindre 15 mètres.

L’insecticide, généralement à base de pyréthrinoïdes, est injecté directement dans le nid par l’ouverture. La colonie est neutralisée en quelques minutes. Le technicien attend que toute activité cesse, puis procède au décrochage mécanique du nid. Cette étape est cruciale : un nid laissé en place peut abriter des reines survivantes ou attirer des pillards.

Pour les nids très hauts, inaccessibles même avec des perches, l’intervention nécessite des moyens plus lourds : nacelle élévatrice ou cordistes spécialisés. Ces interventions complexes peuvent coûter plusieurs centaines d’euros, d’où l’importance des aides communales pour ne pas décourager les signalements.

Le moment optimal d’intervention

L’idéal est de détruire les nids entre juillet et octobre, avant la sortie des jeunes reines fondatrices qui a lieu en fin d’automne. Un nid détruit en août n’aura pas produit sa génération de futures fondatrices. L’impact sur la population de l’année suivante est maximal.

Les destructions printanières de nids primaires sont encore plus efficaces. Un petit nid de mai contient seulement la reine fondatrice et quelques ouvrières. Son élimination évite l’émergence d’une colonie de plusieurs milliers d’individus en automne. Malheureusement, ces nids embryonnaires restent difficiles à repérer.

Les interventions tardives, en novembre ou décembre, ont moins d’intérêt. À ce stade, les reines ont déjà quitté le nid pour hiberner. Seules subsistent quelques ouvrières moribondes et la vieille reine, qui mourra de toute façon avec les gelées. Le nid abandonné ne sera jamais réutilisé.

Les alternatives écologiques en développement

Plusieurs équipes de recherche travaillent sur des méthodes de lutte moins dépendantes des insecticides. Des pièges sélectifs utilisant des attractifs spécifiques sont à l’étude. L’objectif : capturer les frelons asiatiques sans impacter les autres insectes.

D’autres chercheurs explorent la piste des prédateurs naturels. En Asie, certains oiseaux comme la pie-grièche se nourrissent régulièrement de frelons. Peut-on favoriser l’installation de ces espèces dans nos régions ? Des expérimentations sont en cours, mais les résultats restent pour l’instant modestes.

La lutte biologique par champignons entomopathogènes est aussi envisagée. Ces organismes infectent les larves de frelons sans affecter les autres insectes. Mais leur mise au point demande encore plusieurs années de recherche avant une éventuelle application pratique.

Le financement et les aides

La prise en charge par les communes

La destruction des nids de frelons asiatiques représente un coût non négligeable. Les tarifs varient de 80 à 300 euros selon la difficulté d’accès. Face à cette charge financière, de nombreuses communes ont mis en place des systèmes d’aide.

Certaines prennent en charge l’intégralité des frais de destruction sur leur territoire. D’autres subventionnent à hauteur de 50 ou 70%. Quelques-unes ne proposent aucune aide, considérant que la responsabilité incombe au propriétaire du terrain. Les politiques locales varient donc considérablement.

Cette disparité pose problème. Elle peut décourager les signalements dans les communes sans aide financière. Or, la lutte contre une espèce invasive nécessite une action coordonnée et uniforme. Un nid non détruit dans une commune devient un réservoir de reines fondatrices qui coloniseront les communes voisines l’année suivante.

Les enjeux de santé publique

Au-delà de l’aspect écologique et agricole, la lutte contre le frelon asiatique relève aussi de la santé publique. Les nids situés à proximité d’écoles, de terrains de sport ou de zones résidentielles présentent un risque réel pour les populations. Les piqûres multiples peuvent provoquer des réactions graves, particulièrement chez les personnes allergiques.

Cette dimension sécuritaire justifie l’investissement public. Plusieurs départements ont d’ailleurs inscrit la lutte contre le frelon asiatique dans leurs plans départementaux de santé environnementale. Des budgets spécifiques sont alloués, permettant une action plus systématique et plus efficace.

Les limites actuelles du dispositif

Le problème du piégeage non sélectif

De nombreux particuliers, inquiets de la progression du frelon asiatique, installent des pièges artisanaux au printemps pour capturer les reines fondatrices. Ces dispositifs, remplis d’appâts sucrés, attirent effectivement des frelons. Mais ils capturent aussi massivement d’autres insectes : frelons européens, abeilles, papillons, coléoptères.

Cette pratique, bien intentionnée, pose un problème écologique majeur. Elle détruit aveuglément une multitude d’espèces utiles, parfois protégées. Les spécialistes déconseillent formellement le piégeage de masse, faute de dispositifs réellement sélectifs. La recherche avance sur ce sujet, mais aucune solution satisfaisante n’existe à ce jour.

La difficulté de repérage des nids

Malgré la vigilance du réseau de référents, de nombreux nids échappent à la détection. Un nid perché à 25 mètres dans un grand arbre, caché par le feuillage dense, reste invisible depuis le sol. Même en sachant qu’un nid se trouve dans un secteur de 500 mètres de rayon, le localiser précisément relève parfois du défi.

Certains référents utilisent des techniques de tracking : ils suivent visuellement des ouvrières chargées de proies jusqu’au nid. Mais cette méthode demande patience, conditions météo favorables et bonne connaissance du terrain. Dans les zones boisées ou en relief accidenté, elle devient quasi impossible.

Le besoin de mobilisation citoyenne

Le dispositif de surveillance, aussi performant soit-il, ne peut fonctionner sans l’implication active des citoyens. Les référents ne peuvent pas être partout. Ce sont les habitants, les promeneurs, les agriculteurs, les apiculteurs qui constituent les yeux du réseau.

D’où l’importance cruciale de la sensibilisation et de la formation du grand public. Chaque personne capable de reconnaître un frelon asiatique, de distinguer son nid de celui d’un frelon européen, devient un acteur de la lutte. Cette démocratisation de la connaissance est notre meilleur atout.

Perspectives d’avenir

La bataille contre Vespa velutina sera longue. Peut-être ne l’éradiquerons-nous jamais complètement. Mais nous pouvons maintenir ses populations à un niveau acceptable, limitant ainsi ses impacts sur nos abeilles et sur notre biodiversité. C’est cet objectif réaliste que nous devons poursuivre collectivement, avec détermination et méthode.

Alors si vous croisez un insecte suspect ce printemps, ne passez pas votre chemin. Observez, photographiez, signalez. Votre vigilance compte. Elle fait partie intégrante du dispositif de protection de notre environnement local.

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