Les prédateurs des abeilles : liste complète, dangers réels et solutions apicoles

En tant qu’apiculteur dans le Jura depuis plus de vingt ans, j’ai vu évoluer la pression exercée sur les colonies d’abeilles. Si les maladies, les pesticides et la perte de biodiversité sont souvent mis en avant, les prédateurs des abeilles jouent également un rôle majeur, parfois mal compris, parfois surestimé.

Cette page a pour objectif de dresser l’état des connaissances le plus complet possible sur les prédateurs des abeilles : qui ils sont, quels dangers ils représentent réellement pour les ruches, et surtout quelles solutions apicoles raisonnées peuvent être mises en place.


Les prédateurs des abeilles : liste complète, dangers réels et solutions apicoles

À retenir

Les prédateurs des abeilles font partie intégrante des écosystèmes, mais tous ne représentent pas le même danger pour les ruches. Le frelon asiatique constitue aujourd’hui la principale menace, tandis que la majorité des autres espèces exercent une pression limitée ou ponctuelle. Comprendre ces différences permet à l’apiculteur de mettre en place des solutions adaptées et raisonnées.

Table des matières

Pourquoi les abeilles ont des prédateurs naturels

Nid de frelon asiatique
Nid de frelon asiatique

La place de l’abeille dans la chaîne alimentaire

L’abeille domestique (Apis mellifera), comme les abeilles sauvages, occupe une position intermédiaire dans la chaîne alimentaire. Elle est à la fois pollinisatrice essentielle et ressource alimentaire pour de nombreuses espèces animales. Insecte riche en protéines, relativement lent lorsqu’il est chargé de nectar ou de pollen, l’abeille constitue une proie accessible.

Dans un écosystème équilibré, cette prédation est diffuse et ne menace pas la survie des colonies. Une ruche forte peut perdre quotidiennement quelques dizaines d’ouvrières sans impact mesurable.

Prédation naturelle vs sur-prédation liée aux activités humaines

Le problème apparaît lorsque l’équilibre est rompu. Trois facteurs principaux aggravent aujourd’hui la pression des prédateurs des abeilles :

l’introduction d’espèces invasives (notamment le frelon asiatique),
la concentration artificielle des colonies dans les ruchers,
l’appauvrissement des ressources alimentaires qui affaiblit les colonies.

La fixité du rucher coupable?

En milieu naturel, une colonie sauvage est rarement exposée en permanence à un même prédateur. En apiculture, la fixité du rucher crée un point de prédation stable.

Une diversité de prédateurs selon les milieux

Les prédateurs des abeilles ne forment pas un groupe homogène. Ils appartiennent à des familles très différentes et interviennent à des moments distincts de la vie de la colonie. Certains chassent les abeilles en vol ou sur les fleurs, d’autres s’attaquent directement à la ruche, tandis que certains provoquent des dégâts indirects mais parfois majeurs. Cette diversité explique pourquoi toutes les prédations n’ont ni la même fréquence, ni la même gravité pour l’apiculture.

Le frelon asiatique: un prédateur redoutable

Un frelon asiatique peut capturer jusqu’à 50 abeilles par jour en période de forte activité, alors que la majorité des autres prédateurs n’en capturent que quelques-unes de manière occasionnelle.

Panorama des principaux prédateurs des abeilles

Les insectes prédateurs des abeilles

Le frelon asiatique (Vespa velutina) : le danger n°1

Frelon asiatique attaquant une ruche

Le frelon asiatique est aujourd’hui le principal prédateur des abeilles en France. Introduit accidentellement au début des années 2000, il s’est rapidement adapté à nos climats.

Sa technique de chasse est redoutable : il se poste en vol stationnaire devant la ruche et capture les abeilles en sortie ou en entrée. Cette pression constante provoque un phénomène bien connu des apiculteurs : l’arrêt du butinage. Même si les pertes directes semblent limitées, la colonie s’affaiblit par manque de ressources.

Le frelon européen (Vespa crabro)

Contrairement à son cousin asiatique, le frelon européen est un prédateur opportuniste. Il capture des abeilles isolées, souvent loin de la ruche, et s’attaque surtout aux colonies faibles ou déjà en difficulté.

Dans le Jura, j’observe régulièrement des frelons européens autour des ruchers forestiers sans constater de pertes significatives. Les données scientifiques confirment que son impact est marginal.

Frelon européen près d’une ruche

Le frelon oriental (Vespa orientalis) : une présence émergente à surveiller

Frelon oriental (Vespa orientalis) près d’une ruche – prédateur secondaire des abeilles

Le frelon oriental (Vespa orientalis) est une espèce originaire du bassin méditerranéen et du Moyen-Orient, dont la présence est aujourd’hui confirmée localement en France, notamment dans le sud-est et en Corse. Contrairement au frelon asiatique, il ne pratique pas le vol stationnaire prolongé devant les ruches et ne cible pas spécifiquement les abeilles domestiques. Son régime alimentaire est largement opportuniste et omnivore, comprenant divers insectes, des déchets organiques et des ressources sucrées. Bien qu’il puisse capturer occasionnellement des abeilles, aucune donnée scientifique ne montre à ce jour un impact significatif sur les colonies. En apiculture, le frelon oriental doit donc être considéré comme un prédateur secondaire, ne justifiant pas de mesures de lutte spécifiques, mais simplement une surveillance dans les zones où il est présent.

Guêpes communes et autres vespidés

Les guêpes ne sont pas des prédatrices spécialisées des abeilles. Elles s’attaquent surtout aux individus affaiblis, aux faux-bourdons, et profitent des colonies faibles pour piller le miel et parfois le couvain. Ce comportement apparaît principalement en fin d’été, lorsque les ressources naturelles diminuent. Une colonie forte et bien défendue parvient généralement à repousser ces intrusions sans difficulté. Les guêpes (Vespula, Dolichovespula) ne sont pas de véritables prédatrices des abeilles. Elles deviennent problématiques en fin d’été, lorsqu’elles tentent de piller les ruches affaiblies pour récupérer du miel.

Autres insectes prédateurs souvent oubliés

En dehors des frelons et des guêpes, certaines espèces d’insectes sont capables de capturer des abeilles, le plus souvent de manière opportuniste. Les mouches prédatrices de la famille des Asilidae interceptent parfois des abeilles en plein vol, tandis que certaines punaises prédatrices pratiquent la chasse à l’affût sur la végétation. Ces captures surviennent principalement lors du butinage et restent très localisées. À l’échelle d’une colonie, leur impact est considéré comme négligeable et ne justifie aucune action particulière de l’apiculteur.

Quand les abeilles meurent de peur… et de faim

Une colonie peut mourir de faim alors que ses réserves florales sont abondantes à l’extérieur, simplement parce qu’elle n’ose plus sortir.

Araignées et mantes religieuses : prédation ponctuelle

Les araignées

Les images d’araignées capturant des abeilles sont fréquentes et impressionnantes. En réalité, il s’agit d’une prédation opportuniste. Les araignées crabes ou orbitèles capturent quelques individus, sans effet mesurable sur une colonie.

Araignée capturant une abeille

Les mantes religieuses

La mante religieuse chasse à l’affût et peut capturer des abeilles près des fleurs. Son impact est strictement anecdotique et localisé.

Des pertes négligeables

Une colonie de 40 000 abeilles ne ressent aucun impact d’une perte quotidienne de quelques individus.

Oiseaux prédateurs des abeilles : mythes et réalités

Guêpier d’Europe capturant une abeille

Pics verts et autres pics

Certaines espèces de pics peuvent occasionnellement s’attaquer aux ruches, en particulier durant l’hiver. Ils percent le bois afin d’atteindre les abeilles engourdies ou les larves. Les dommages observés concernent surtout des ruches mal protégées ou constituées de bois trop fin. Ce type de prédation reste rare mais peut entraîner des pertes importantes lorsqu’il se produit.

Le guêpier d’Europe (Merops apiaster)

Souvent accusé à tort, le guêpier d’Europe se nourrit principalement de libellules, coléoptères et hyménoptères variés. Les études ornithologiques montrent que les abeilles représentent une faible part de son régime alimentaire: En moyenne, moins de 5 % des proies identifiées sont des abeilles domestiques.

Autres oiseaux

Hirondelles, mésanges et martinets capturent occasionnellement des abeilles, mais leur impact est considéré comme négligeable.

Mammifères et rongeurs dans les ruches

Souris et mulots

Les souris ne chassent pas directement les abeilles, mais leur présence dans la ruche est l’une des causes les plus fréquentes de pertes hivernales. Elles s’installent dans les corps de ruche à la recherche de chaleur, rongent les rayons pour construire leur nid et souillent l’intérieur par leurs déjections. Cette perturbation constante fragilise la colonie et peut conduire à son affaiblissement, voire à sa disparition.

Les dégâts du squat de ruche

Les dégâts indirects peuvent être importants : destruction des cadres, stress thermique, mortalité hivernale. Leur présence est surtout problématique en automne et en hiver.

Gros mammifères

Blaireaux, ours ou mouffettes (dans certaines régions du monde) peuvent détruire totalement une ruche pour accéder au miel, au couvain et aux abeilles. En France métropolitaine, ces cas restent très localisés.

Autres mammifères

Dans certaines régions, blaireaux ou ours peuvent détruire des ruches, mais ces cas restent très localisés.

Souris dans une ruche en hiver

Quels prédateurs sont réellement dangereux pour les colonies ?

Hiérarchisation des menaces

Très dangereux : frelon asiatique
Modérément dangereux : pillage par guêpes sur colonies faibles, rongeurs
Faiblement dangereux : frelon européen, oiseaux, arachnides

Les dégâts indirects des prédateurs

Le stress chronique causé par un prédateur peut être plus destructeur que la prédation directe.

Solutions apicoles pour limiter la prédation

Parasites et autres ennemis internes

Certains ennemis des abeilles n’agissent pas comme des prédateurs au sens strict, mais leur impact est souvent bien plus grave. Le varroa destructor est aujourd’hui considéré comme la principale menace sanitaire pour l’abeille domestique. En parasitant les adultes et le couvain, il affaiblit les individus, favorise la transmission de virus et peut provoquer l’effondrement complet d’une colonie en l’absence de traitement adapté. Le pou de l’abeille, bien que moins dangereux, ajoute une source de stress supplémentaire. Les fourmis, attirées par le miel et le pollen, peuvent quant à elles s’installer durablement dans les ruches mal isolées.

Varroa destructor : parasite majeur des abeilles domestiques, responsable de l’effondrement de nombreuses colonies. Un traitement sanitaire rigoureux est indispensable.
Pou de l’abeille : parasite généralement moins dangereux mais source de stress.
Fourmis : attirées par le miel et le pollen, elles peuvent s’installer dans la ruche si celle-ci n’est pas isolée.

Solutions passives

La première protection contre les prédateurs repose sur des mesures simples mais efficaces. Le choix de l’emplacement du rucher, la réduction des entrées de ruche et l’installation de grilles anti-rongeurs permettent de limiter la majorité des intrusions. Des supports surélevés réduisent considérablement les risques liés aux rongeurs et à l’humidité.

Solutions actives et réglementées

Lorsque la pression des prédateurs devient trop importante, notamment en présence du frelon asiatique, l’apiculteur peut être amené à intervenir de manière plus active. Ces interventions doivent cependant rester ciblées, proportionnées et conformes à la réglementation, sous peine d’être inefficaces ou contre-productives.

Le piégeage du frelon asiatique ne peut être envisagé que de manière raisonnée. Utilisé sans discernement, il entraîne la destruction massive d’insectes non ciblés, dont de nombreux pollinisateurs et auxiliaires. En revanche, un piégeage sélectif, mis en place à des périodes clés comme le printemps pour capturer les fondatrices, ou ponctuellement autour de ruchers fortement attaqués, permet de réduire localement la pression exercée sur les colonies.

La destruction des nids reste aujourd’hui la mesure la plus efficace à moyen terme. Elle doit impérativement être réalisée par des professionnels formés, capables d’intervenir en sécurité et de limiter les impacts environnementaux. Une surveillance régulière du rucher et de son environnement immédiat facilite la détection précoce des nids et améliore l’efficacité des interventions.

Enfin, aucune stratégie de protection contre les prédateurs ne peut être pleinement efficace si les colonies sont affaiblies par des problèmes sanitaires. La lutte rigoureuse contre le varroa, menée selon les protocoles recommandés par les autorités sanitaires apicoles, demeure un levier fondamental pour maintenir des colonies suffisamment fortes pour se défendre.

Surveillez la santé de vos colonies

Une colonie bien nourrie et en bonne santé tolère beaucoup mieux la présence de prédateurs qu’une colonie affaiblie, même lorsque la pression semble élevée.

Ce qui n’est PAS un prédateur des abeilles

Confusions fréquentes en apiculture

De nombreux insectes sont régulièrement accusés à tort d’être responsables du déclin des abeilles. Les libellules, les syrphes ou encore certains papillons peuvent occasionnellement capturer un insecte, mais leur impact sur les populations d’abeilles est inexistant à l’échelle d’une colonie. Ces espèces jouent par ailleurs un rôle écologique essentiel et leur présence est bénéfique pour les écosystèmes.

Animaux opportunistes sans impact réel

De petits reptiles ou amphibiens peuvent consommer ponctuellement une abeille, sans que cela n’ait la moindre conséquence pour la ruche. Leur élimination n’a aucun intérêt apicole et contribue inutilement à l’appauvrissement de la biodiversité locale.

FAQ – Prédateurs des abeilles

Quels sont les principaux prédateurs des abeilles en France ?

Le frelon asiatique est aujourd’hui le prédateur le plus problématique pour l’abeille domestique. Les autres espèces ont un impact nettement moindre.

Le frelon asiatique peut-il détruire une ruche entière ?

Il détruit rarement une ruche par prédation directe, mais peut provoquer l’effondrement de la colonie par stress chronique et arrêt du butinage.

Les oiseaux représentent-ils une menace sérieuse pour les ruches ?

Non. Leur prédation reste marginale et ne justifie aucune action spécifique en apiculture.

Les araignées et les mantes religieuses sont-elles dangereuses pour l’apiculture ?

Non. Leur impact est strictement anecdotique et sans effet mesurable sur les colonies.

Quels prédateurs posent problème en hiver ?

Les rongeurs constituent la principale menace hivernale, en particulier dans les ruches mal protégées.

Faut-il éliminer tous les prédateurs autour d’un rucher ?

Non. La majorité des prédateurs font partie de l’écosystème et leur élimination serait contre-productive.

Conclusion

La prédation est une composante naturelle de la vie des abeilles, mais toutes les menaces ne se valent pas. Parmi les prédateurs, le frelon asiatique représente aujourd’hui le danger le plus sérieux pour les ruches françaises, capable de provoquer un stress chronique et un arrêt du butinage. Les guêpes, les rongeurs ou les oiseaux exercent quant à eux une pression modérée ou ponctuelle, tandis que certaines araignées ou mantes religieuses n’ont qu’un impact négligeable.

Au-delà de la simple prédation, le véritable risque pour les colonies réside souvent dans les effets indirects : stress, perturbation du butinage et affaiblissement sanitaire. Les parasites internes comme le varroa restent, en parallèle, une menace majeure qu’il ne faut jamais négliger.

Pour protéger efficacement ses colonies, l’apiculteur doit combiner pratiques passives, comme le choix d’un rucher bien exposé, la réduction des entrées et l’installation de grilles anti-rongeurs, avec interventions actives raisonnées, telles que la surveillance, le piégeage sélectif ou la destruction professionnelle des nids de frelons asiatiques, et la lutte sanitaire contre le varroa.

En résumé, une colonie bien nourrie, forte et surveillée régulièrement tolère beaucoup mieux la présence des prédateurs. Comprendre les dangers réels et adopter des mesures adaptées permet non seulement de limiter les pertes, mais aussi de maintenir l’équilibre écologique autour du rucher.

Sources scientifiques et institutionnelles

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